1 Heure avec… Marie Bastide : "J'ai rencontré calogero en boîte"

Public : Votre passion pour la musique était innée ?

Marie Bastide : Je ne viens pas d’un milieu artistique, la musique je la connaissais à travers la radio ou les cassettes de Walkman que je piquais à mon frère. Je dois mon premier coup de foudre musical à Jean-Jacques Goldman et son titre La Vie par procuration, puis mon amour pour la chanson s’est poursuivi avec les groupes de rock anglais U2 et Police. C’est fou parce que ma passion pour la musique est venue de l’extérieur et non pas de l’intérieur comme la plupart des artistes.

Vous avez effectué plusieurs métiers, notamment celui d’actrice, vous ne vouliez pas continuer dans cette voie ?

À l’âge de 25 ans j’ai pris des cours de théâtre au Cours Florent sans vraiment savoir où ça allait me mener. J’ai rapidement été intégrée dans une compagnie et j’ai eu l’opportunité de jouer dans deux épisodes de Sous le soleil, mais ma passion première était le théâtre. Le problème dans le monde du cinéma et de la scène, c’est que si tu n’es pas un prodige, il faut que tu sois moteur et que tu crées. Moi, je n’étais pas encore capable de créer alors j’étais dans l’attente perpétuelle et les factures s’entassaient. Je n’ai jamais réussi à trouver ma place en tant que comédienne, il y avait trop peu de rôles pour beaucoup de candidats et je ne savais pas me vendre.

Chanteuse, parolière, qu’est-ce qui vous anime le plus ? Les mots ou la mélodie ?

Mes premières amours sont les mots. Après avoir touché à plusieurs métiers j’ai commencé à travailler chez un éditeur, là-bas j’y ai rencontré des écrivains et je me suis intéressée au processus d’écriture de très près. L’écriture m’a toujours fascinée mais je ne m’étais jamais projetée en tant qu’écrivaine. C’était déjà un honneur pour moi d’approcher et de côtoyer des auteurs, mais je ne faisais pas partie de ce monde-là, je ne ressentais aucune légitimité… Ça m’a pris dix ans de quête pour réussir à en trouver.

Quel a été le point de départ de votre carrière en tant que parolière ?

Ma rencontre avec Calogero en 2009. J’ai été célibataire pendant presque huit ans alors c’était une période durant laquelle je sortais beaucoup et j’adorais ça. Un soir je me suis rendue seule au Baron, une boîte de nuit près des Champs-Élysées et c’est là-bas que j’ai rencontré Calogero. On se ressemblait, on s’est complétés sur certaines choses et ce qu’on a vécu artistiquement et aussi dans le cadre du privé a nourri nos cheminements respectifs. On a grandi et évolué ensemble. Je n’aime pas qu’on dise que les belles rencontres ne se font pas dans les discothèques, pourquoi on ne pourrait pas tomber sur son alter ego dans ce genre d’endroit ? J’ai croisé de super personnes la nuit, comme Benjamin Biolay, et c’est d’ailleurs le premier à qui j’ai fait lire mes textes !

« J’ai joué dans deux épisodes de Sous le soleil »

Céline Dion, Julien Clerc, Calogero, Florent Pagny… Vous avez écrit pour des ténors de la chanson française…

Disons que j’ai eu beaucoup de chance et que les planètes se sont alignées. J’ai écrit plusieurs musiques que j’avais mises de côté mais je ne savais pas quoi en faire. Alors je m’étais dit que j’allais signer chez Warner pour qu’ils vendent mes chansons à leurs artistes. Mais la veille de mon rendez-vous, Calogero m’a appelée et m’a dit : “J’ai pas l’habitude de faire ça mais je te signe dans ma boîte d’édition, tu vas bosser avec mon frère (Gioacchino Maurici, compositeur et interprète, ndlr), mon équipe et moi !” C’est donc comme ça qu’en quelques mois j’ai été amenée à écrire pour Céline, Angun et Florent Pagny.

Il a fallu de la persévérance ?

De la persévérance, du courage et surtout je n’ai pas eu le choix ! J’ai un diplôme en commerce, été institutrice, eu des boulots de rêve, mais à chaque fois je me disais que ce n’était pas là où je me devais d’être. Alors je recommençais tout depuis le début. J’ai même décroché un CDI d’attachée de presse chez Albin Michel. Mais non seulement je n’étais pas satisfaite, mais en plus j’étais au bord de la dépression. J’avais besoin de sens dans ma vie et je n’en trouvais pas. Jusqu’au jour où j’ai décidé d’écrire.

 “Découvrir que j’étais surdouée n’a fait qu’accentuer mon malaise”

Pourquoi ça a mis autant de temps ?

J’ai compris à l’âge de 30 ans pourquoi j’avais eu tout ce mal à trouver ce qui me faisait vibrer. J’ai découvert que j’étais HPI (Haut potentiel intellectuel, anciennement appelé surdoué, ndlr) et ça n’a fait que conforter mon malaise dans la vie de tous les jours. J’ai toujours eu la sensation d’être inadaptée, de fonctionner vite mais en même temps différemment des autres. Il faut beaucoup de lucidité pour accepter cette situation et en ressortir les côtés positifs. Ce syndrome est intimement lié à mon histoire de vie et donc à l’histoire de mon album.

Vous étiez l’ombre de génie derrière ces stars, n’est-ce pas frustrant ?

D’un côté, non, parce que j’avais la reconnaissance complète des artistes et professionnels du milieu, d’un autre, si, parce qu’il me manquait cette connexion avec le public. Il ne faut pas se voiler la face, si l’on fait ce métier, c’est aussi un peu pour soigner son ego et sa carence de reconnaissance. C’est d’ailleurs aussi pour ça que je me suis lancée dans la musique. Je me sens enfin forte et légitime alors je veux montrer tout ce que j’ai à offrir.

Quel est votre secret pour réussir à séparer le pro du perso avec Calo ?

C’est impossible de séparer. Quand tu es artiste, tu mets tes tripes dans tes créations, l’humain et les chansons sont sacrés. Calogero et moi avons une alchimie indéniable, deux enfants ensemble et nos âmes se parlent. Dans ce milieu, si tu ne mets pas une partie de toi dans ton travail, il ne sera que biaisé.

Dates clés :

1. 12 mars 1979

Naissance de Marie dans les Yvelines, dans une famille loin du milieu artistique. Elle est diplômée d’une école de commerce.

2. 2009

Elle fait la connaissance de Calogero qui devient son partenaire d’écriture et lui ouvre son carnet d’adresses dans le monde musical.

3. 2017

Marie Bastide écrit Si t’étais là pour Louane. Le titre reçoit la récompense de la chanson originale de l’année aux Victoires de la musique.

4. 9 avril 2021

Sortie de Dolce Vita, son premier EP, en collaboration avec de grands noms de la chanson française tels que Julien Clerc et Carla Bruni.

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Propos recueillis par Farah Mekki