Une heure avec… Ricky Martin : "Avant mon coming out, j'ai surjoué les hétéros"

Public : On a tendance à l’oublier, mais vous êtes aussi acteur !

Ricky Martin : J’ai même commencé à 15 ans. C’était à Buenos Aires, en Argentine, pour une série télé. Et puis, la musique est venue à moi et elle a pris une place prépondérante dans ma vie, ma carrière. J’avais déjà travaillé avec Ryan Murphy il y a deux ans pour American Crime Story, un biopic sur Versace. Je suis tellement reconnaissant d’avoir été rappelé pour Jingle Jangle.

C’est un film de Noël, fête qui cette année a été très particulière pour tout le monde. Comment s’est déroulé celui des Martin ?

Nous avons quitté Los Angeles pour Porto Rico pour au moins deux mois.

Nous y avons rejoint mes parents, mes frères et sœurs, mes beaux-frères et belles-sœurs, mes neveux et nièces. Nous avons été très prudents concernant le Covid19. Depuis le mois de mars, nous vivons avec masques, gants et gel hydroalcoolique… Mais à Noël, nous avons craqué. Nous étions en manque de ceux que nous aimions. Nous avions besoin de nous réunir, de nous embrasser, de nous serrer dans les bras.

Votre famille est-elle issue du monde artistique ?

Pas du tout. Ma mère était comptable, mon père était psychologue – ils sont à la retraite. J’ai deux frères plus jeunes et une sœur aînée. Mais soyons clairs : après un petit verre de rhum, tout le monde chante dans la famille, même les plus timides ! Nos chants de Noël sont bruyants et festifs, c’est plus un carnaval que le Noël que vous connaissez en Europe. Tout le monde danse pendant des heures, chez lui et chez les autres.

Vous venez de fêter vos 49 ans. En vous voyant, on ne le croirait pas !

Le secret ? Peut-être un petit peu de Botox, ici et là… Mais aussi beaucoup de relaxation. Mon capital, c’est ma voix, mais c’est aussi mon physique. L’un ne va pas sans l’autre. Je m’entraîne comme un athlète. Je fais attention à ce que je mange. Toujours sainement et sans abus. Je suis très à l’aise dans ma peau surtout depuis que je ne me mens plus à moi-même…

« Mon secret de jeunesse? Un peu de Botox ici et là… »

Vous faites référence à votre coming out tardif ?

Oui. Le jour où j’ai compris qu’il fallait que je livre au monde ma vérité, je me suis soudain senti léger ! Mon plus grand regret, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt. J’ai longtemps dénigré la communauté gay. Je savais que j’étais homosexuel, c’était une évidence pour moi. Mais comme j’étais dans le déni et que je rejetais ma propre nature, j’ai surjoué les hétéros. J’ai vraiment été très loin dans le mensonge.

Qui vous a convaincu qu’il fallait dire la vérité ?

Moi-même. Je savais que je désirais des enfants, mais c’est aussi mon père qui m’a poussé à combattre mes peurs. C’est lui qui m’a dit : « Sois toi-même et arrête de vouloir te conformer à une image qui ne te correspond pas ! » J’ai vraiment la chance d’avoir un père aussi ouvert d’esprit !

Vous n’en avez pas assez que l’on parle plus de votre sexualité que de vos talents d’acteur ou de chanteur ?

On ne devrait pas nous poser des questions sur nos préférences sexuelles mais plutôt sur notre capacité à jouer tel ou tel rôle. Heureusement, les choses évoluent dans le bon sens. Hollywood n’a plus peur de mettre en avant des super-héros gays qui ne sont pas ridicules et qui peuvent être de vrais badass !

Quelle est la chose écrite à votre sujet qui vous a le plus amusé ?

En 1999, ma chanson Livin’ la vida loca a été un immense tube. Dans le clip, je dansais de manière très… explicite ! Il était diffusé sur les écrans géants d’Oxford Circus, à Londres, et a, paraît-il, provoqué de nombreux accidents de la circulation ! Un magazine anglais avait même écrit que mon pantalon avait nécessité des triples coutures à cause de mes déhanchements lascifs et de la taille de mon sexe ! Ça m’avait bien fait rire !

L’année suivante, vous avez pourtant été victime d’un burn-out…

La pression du travail et l’attention médiatique entourant ma sexualité commençaient à devenir oppressantes. Ce n’était pas vraiment une dépression mais plus une envie de me rebeller. C’était la première fois en dix ans que je me détendais chez moi, que je me réveillais quand bon me semblait, que je n’avais pas d’horaires.

Vous avez quatre enfants, les jumeaux Valentino et Matteo, nés en 2008, Lucía, 2 ans et Renn, 12 mois. Tous sont nés grâce à une mère porteuse. Quel genre de père êtes-vous avec eux ?

Cette année, j’avoue avoir été très faible  : j’ai offert à mes deux aînés un iPhone. Ils ont réussi à me convaincre que, pour des raisons de sécurité, il était important qu’ils soient joignables et que je sois joignable. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, quand j’essaie de les appeler, ils ne décrochent pas ! Du coup, je me demande s’ils ne m’ont pas pris pour un pigeon… (Rires.)

« Latino, gay et marié à un Arabe : Trump me faisait peur! »

Vous vous êtes beaucoup exprimé sur le climat social actuel des États-Unis. La politique vous tente-t-elle ?

L’Amérique de Trump m’a fait peur. Pendant quatre ans, il a créé tellement de tensions ! Il s’avère que je suis latino, gay et marié à un Arabe. J’avais donc toutes les raisons de me faire un sang d’encre. Quant à la politique, il faudrait que j’aie du temps pour ça !

24 décembre 1971

Ricky Martin naît à San Juan, Porto Rico. Passionné par le chant et la danse, il intègre à 13 ans le boys band Menudo, puis connaît le succès en solo.

1996

Il devient une star mondiale avec (Un, dos, tres) María.

Numéro 1 en France et en Europe, le titre est l’un des tubes les plus populaires de l’été.

29 mars 2010

Deux ans après la naissance de ses jumeaux Valentino et Matteo, Ricky Martin fait son coming out à 38 ans, lors de la sortie de son autobiographie.

2020

Malgré une tournée commune avec Enrique Iglesias annulée à cause du Covid, Ricky est l’une des stars de la nouvelle production de Netflix, Jingle Jangle : un Noël enchanté.

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Frank Rousseau, notre correspondant aux États-Unis